«L’islam est une maltraitance qu’on ne devrait jamais imposer à des enfants.»

Si vous aviez rencontré l’auteure de ce témoignage il y a quelques années, vous auriez cru croiser une musulmane pratiquante typique. Pourtant, elle n’a jamais rejoint la religion. Elle a voulu apprendre, comprendre, avant de se convertir et en dépit de pressions accablantes de la partie musulmane de son entourage. Puis elle a fini par s’en détourner par conviction et par instinct de protection pour ses deux enfants. – AJM 


«L’islam a rendu ma féminité coupable, il a effacé trop longtemps la mère que je me devais d’être.»

«L’islam est une maltraitance qu’on ne devrait jamais imposer à des enfants dont on ne veut pas faire des victimes supplémentaires. Tous ne seront pas suffisamment forts pour ne pas sombrer dans le pathologique.»

«Aucune mère n’est parfaite, mais elle ne fera jamais pire que le prétendu ‹excellent modèle› en matière d’éducation.»

«Doit-on laisser ses enfants prendre pour exemple un prophète qui leur fera confondre le bien et le mal? Élève-t-on ses enfants pour en faire des esclaves ou des bergers? Ne devons-nous pas plutôt les aider à développer leurs connaissances, leurs facultés, sans les limiter en leur âme et conscience? N’est-il pas sadique de les éduquer dans la crainte perpétuelle du diable et de l’enfer?»

«Parce que si Dieu est toujours une hypothèse, nos enfants sont eux bien réels.»


Je m’appelle Inès, je suis issue d’une famille française avec un père espagnol. J’ai surtout été élevée par mes grands-parents: un grand-père issue d’une famille bourgeoise catholique et une grand-mère athée. Durant mon enfance passée dans le sud-ouest, jamais je n’ai entendu parler de religion dans le cadre familial. J’avais une nature spontanée et hypersensible, avec un coté spirituel; je me sentais connectée à la nature mais sans religion; j’étais souvent rêveuse, plutôt sage, serviable et obéissante.

Mon grand-père est décédé lorsque j’avais 11 ans. Alors, tout a basculé. Depuis, nous avons souvent déménagé. À chaque fois, il fallait tout recommencer et je ne pouvais pas garder d’amis bien longtemps. J’ai donc été plusieurs fois déracinée. La fillette que j’étais s’est perdue en chemin et ma nature est devenue opposée: apparence rebelle, écorchée vive, dans une grande quête affective que je ne parvenais pas à combler.

Et puis un jour, j’ai rencontré celui qui allait devenir le père de mes enfants. Un musulman. Naïvement, j’ai immédiatement plongé dans la dépendance sentimentale, sans imaginer tout ce que cela allait entraîner. Je ne me doutais de rien: j’avais bien eu un grand-père de foi catholique mais il gardait sa croyance pour lui. Aucune contrainte rituelle ou religieuse ne m’a jamais été imposée directement ou indirectement. Il m’a appris la morale avec l’aide de ma grand-mère athée sans jamais recourir au dogme.

Je pensais que l’islam était une religion comme une autre, qui ne posait pas de problème intrinsèque. D’autre part, je n’avais alors plus rien de bourgeois et j’avais atterri dans un quartier à majorité musulmane. Je ne savais guère de cette religion que ce qu’on en disait autour de moi: paix, amour et toléranceseule vériténulle contrainte en religionà vous votre religion à moi la mienne… Et même si je constatais le décalage entre les propos et les réactions de la communauté, je pensais que c’était simplement dû à la pauvreté. Après tout, moi qui venait d’un milieu favorisé, je devais me montrer compréhensive et éviter de juger ce que j’ignorais.


Dès que j’ai été enceinte de mon premier enfant, son père est devenu progressivement plus exigeant: j’ai rompu tout contact avec les amis garçons que j’avais connus avant de le rencontrer, histoire ne pas le contrarier et de préserver notre relation. Plus question non plus de porter des manches courtes, de laisser voir ou deviner mes formes en public, car je devais «garder ma beauté exclusivement pour lui». J’ai d’abord trouvé ça touchant: n’était-ce pas là une preuve de son amour?

Puis, comme lui seul avait des obligations religieuses alors que j’avais le choix, je me suis mise à manger halal. J’ai cessé de consommer du porc, car il refusait de m’embrasser si j’en avais mangé. Je me suis parfois rebellée, mais j’ai hélas trop souvent plié sous le poids de ses convictions. Bref, il y a eu une foule d’accommodations que j’ai acceptées, assimilées petit à petit sans me rendre compte que plus j’avançais dans cette voie, plus je me perdais. Seulement à l’époque, je voulais surtout éviter de le perdre lui.

Au fond, je ne pense pas avoir jamais vraiment craint son Dieu et je savais quelque part que le «diable» ne sortait que de sa bouche. J’avoue que la peur d’être abandonnée m’a toujours tenaillée et maintenant que je peux examiner mes souvenirs plus sereinement, je vois que cette appréhension m’a fait faire bien des mauvais choix.

Alors, toujours peu à peu, tel un éternel insatisfait, il a ajouté davantage de rites, d’obligations et de contraintes à notre vie. Ainsi, je ne devais plus faire la bise à mon beau-frère. Pourquoi? Selon lui, un de nous pouvait alors éprouver du désir pour l’autre. Il ne devait pas y avoir de contact physique. Je trouvais cette idée répugnante, et je le lui avais dit, mais ce que je disais et ressentais ne valait pas grand-chose, seule comptait la prétendue parole d’Allah et de son prophète pour ce qui était de mon «éducation». Lors de certains éclairs de lucidité, j’avais tout de même conscience de la perversité de cette situation. Après tout, un simple regard ne suffisait-il pas pour se rendre coupable de tenter le «mâle»?

Je jouais pourtant le jeu, malgré moi, devant lui. J’avais beau parfois me rebeller contre cette autorité arbitraire, ce que le père de mes enfants m’avait mis dans la tête faisait son œuvre et perturbait mes pensées. Ainsi, lorsque je rencontrais une de mes sœurs et mon beau-frère en son absence, nous nous faisions tout de même la bise, mais cette question malsaine s’imposait alors en moi: si j’étais sûre de ne pas avoir de désir pour mon propre beau-frère, qu’en était-il des sentiments que je pouvais faire naître en lui? N’avait-t-il pas secrètement un désir pour moi? Une question sourde et perverse que je ne me serais jamais posée auparavant, et qui me faisait profondément culpabiliser.

De même, je ne pouvais pas consulter un médecin homme. Si jamais je me retrouvais à l’hôpital, je devais donc exiger d’être auscultée par une femme, et cela me mettait profondément mal à l’aise d’imposer une exigence qui n’était en fait pas la mienne. Quand on connaît le quotidien des médecins de garde, comment peut-on faire un tel caprice? Pas question non plus de profiter d’une piscine mixte pour «exhiber» ce qui n’était plus vraiment mon corps, car trop féminin pour ne pas être perpétuellement coupable, réduit à un objet de tentation.

De fil en aiguille, j’ai aussi laissé tomber mes copines non musulmanes. Elles n’étaient jamais suffisamment «correctes», de sorte que j’ai préféré finir par les éviter pour ne plus entendre des critiques à leur égard ou risquer de me disputer avec lui. La lutte est perdue d’avance quand dans la tête de l’homme on doit «rester à sa place de femme», la femme dont la parole ne vaut que la moitié de celle du «mâle», qui l’emporte donc toujours.

Mes amies ont pourtant bien tenté de m’ouvrir les yeux en constatant que j’avais perdu ma spontanéité, qu’elles ne retrouvaient aucune trace des facettes qu’elles me connaissaient. Sur le moment, je pensais qu’elles disaient cela parce que je devenais moins «ignorante» qu’elles. Elles ne pouvaient donc pas comprendre. Elles me reprochaient aussi clairement mes idées, qui avaient dangereusement changé. Oui, j’étais devenue fade et je me mettais à tenir des propos «anti-juifs» sans aucune raison valable ou personnelle. La répétition fonctionnait à merveille sur moi:

«99,9% des juifs sont des sionistes!»

«Palestine vaincra!»

«Mange chez un juif, mais dors chez un chrétien.»

Quant aux chrétiens: des égarés. «L’islam est venu pour redresser leur falsification.» «L’islam est la seule vraie religion de vérité


Je me sentais de plus en plus seule, j’ai creusé un peu plus le fossé avec les miens, de sorte que je cédais toujours plus machinalement à des exigences sans cesse croissantes. Lorsque les choses n’allaient pas comme il voulait, que je me rebellais à force d’avoir trop cédé, il me reprochait de ne pas être la femme qu’il lui fallait et il me laissait seule avec notre premier fils, S. Je lui avais pourtant confié que je ne me sentais pas capable de l’élever seule. Alors il revenait quand il l’avait décidé, en me disant qu’il avait compris, qu’il avait été trop loin… Mais dès que je retournais dans la dépendance, il recommençait le même cycle infernal d’insatisfaction puis d’abandon.

Quand j’ai été enceinte de mon deuxième enfant, H, j’ai voulu avorter. Quelle inconsciente j’étais! Le père m’a alors supplié de ne pas tuer cette vie sacrée. Il m’a promis qu’il s’occuperait de ses fils même si nous devions nous séparer définitivement et ce quels que soient mes choix. Aujourd’hui, je pense que ça m’arrangeait de le croire, parce que l’avortement, en mon âme et conscience, équivalait à assumer seule la responsabilité de la mort d’un petit être vivant, qui n’avait rien demandé. Pourtant, je ne l’avais pas fait toute seule, mais mon corps, encore une fois, était coupable de sa féminité. Et cette fois, il avait emprisonné une vie innocente qui ne m’appartenait pas.

Avais-je vraiment le choix alors que ma conscience ne m’en laissait aucun et me tiraillait? Pourtant j’avais tout de même pris le premier rendez-vous, à temps. Puis j’ai reculé devant le second, car je sentais qu’il était trop tard. Au plus profond de moi, je portais le poids d’une lourde faute, parce que mon esprit refusait d’instinct le chemin d’Allah que traçait le père pour nous. J’étais prise au piège d’une dualité conquérante. Je vacillais toujours plus fort entre ses convictions et mes doutes, que je peinais de plus en plus à taire. Mais l’emprise affective et morale était alors si forte et la culpabilité si accablante que j’accumulais systématiquement les concessions. Jusqu’au point de non-retour, voire au-delà. L’enfer, n’est-ce pas de s’adonner à la prostitution de sa propre conscience?

Nous nous sommes pourtant séparés à plusieurs reprises, mais élever deux enfants qu’il avait pourtant voulus plus que moi s’avérait compliqué. À trop sacrifier la femme, il avait presque tué la mère. Lorsque je nageais dans les difficultés et que le manque s’imposait malgré tout, je finissais par oublier le pire au détriment du mieux à venir. Alors à chaque fois qu’il revenait à moi plein de considération apparente, lui qui niait souvent volontiers la valeur de ma propre volonté, j’avais la faiblesse de lui ouvrir les bras. Tout et son contraire avaient pris racine en moi, comme dans son Coran.

Mais pourquoi pouvais-je soudain croire au miracle de l’amour? Et pourquoi insistait-il alors qu’il savait que je ne pourrais pas supporter davantage de contraintes religieuses? Nourrissait-il l’espoir secret que je finirais par céder à tout, parce qu’il me savait dépendante? Avait-il choisi la mécréante que j’étais parce qu’en son for intérieur il culpabilisait de ne pas parvenir à appliquer le quart des sacrifices qu’il attendait de moi? Il disait être «dans le détail», mais pourquoi tant insister lorsque cela me concernait, alors que lui vivait pour les apparences, pour sauver son honneur? Évidemment, je n’ai compris tout cela que trop tard.


Je me rappelle qu’à la naissance de H (le petit dernier), j’ai voulu lui donner un deuxième prénom, en hommage à mon grand-père décédé. Il s’appelait François Paul Marie – j’ai choisi Paul. L’idée a outragé son père, qui a refusé d’aller reconnaître l’enfant à ma place. Comme il faut respecter un délai légal, j’ai prié une amie de le faire. Après un accouchement avec complications qui a duré 24 heures,  j’ai reçu un appel de la mairie. On m’a expliqué que le père était passé pour faire retirer les deux prénoms et les remplacer par Mohamed. J’ai éclaté en sanglots au téléphone! Mais on m’a aussitôt rassurée en me disant qu’il n’est pas possible de changer ses prénoms, ce qui l’a mis en rage! Il est revenu à l’hôpital avec l’extrait de naissance et alors que H (Paul) venait à peine de naître, il a fait irruption dans la chambre et, devant ma grand-mère et ma mère, il a jeté l’extrait de naissance à la tête de notre fils, en criant «Tu n’avais qu’à l’appeler cochon tant que tu y étais!»

Il fallait manifester un extrême respect pour sa famille, mais il n’en avait aucun pour la mienne. Comment pouvait-il dénigrer ainsi l’un des prénoms de mon grand-père, devant ma propre grand-mère, qui avait plus de 80 ans mais toute sa tête et qui est restée active jusqu’à la fin de sa vie? Cet éclat résultait d’une série d’incidents que j’aimerais clarifier:

Il savait que j’étais en train d’accoucher depuis la veille, mais il n’est arrivé à l’hôpital qu’au moment précis de la «délivrance» et il a laissé à la charge de ma grand-mère notre premier fils, S, qui n’avait que 2 ans. S’il a eu du mal à venir rapidement, c’est parce que la veille de ce fameux 12 juin 2006, il avait trouvé judicieux de me reprocher ma tenue vestimentaire, qu’il jugeait trop moulante. En fait, à un mois de la date prévue de l’accouchement, j’étais habillée tout en noir, avec un col roulé manches longues, un pantalon et une jupe ample par-dessus! Nous nous sommes disputés et il est parti énervé, mais moins que moi. Puis ma grand-mère est arrivée, il m’a appelé et les choses se sont envenimées. J’ai fait une crise de nerfs et ma poche des eaux s’est rompue au moment même où j’ai raccroché le téléphone. Il était 22 heures, mais je n’ai pu appeler de l’aide qu’à minuit, parce que je devais tout préparer en catastrophe, y compris le nécessaire pour ma grand-mère, qui allait se retrouver seule avec S, âgé alors de 24 mois.

Une autre anecdote concernant S, qui lui a connu son père pendant les trois premières années de sa vie: petit, lorsque je le mettais sur sa chaise haute, il prenait sa fourchette instinctivement de la main gauche et lorsque je lui donnais des feuilles de papier pour gribouiller, il utilisait aussi sa main gauche. J’avoue que je n’y ai pas autrement réfléchi lorsque son père l’a forcé à préférer sa main droite. Je pensais que cela n’aurait pas d’incidence, même si sur le moment j’ai trouvé ça absurde. Mais en fait, plus tard, lorsque S n’avait plus aucun contact avec son père, pendant sa première année de CP, j’ai été convoquée par la maîtresse à ce sujet. Les professionnels m’ont alors annoncé qu’il était ce qu’on appelle un «gaucher contrarié». Je me suis alors rappelée ce qui s’était passé quand il était petit. Normalement, il aurait dû être gaucher. Il est aujourd’hui droitier, mais il a dû redoubler à cause de ce problème d’écriture, alors qu’il faisait déjà des phrases avec sujet, verbe et complément à même pas 13 mois! Il a d’ailleurs été confirmé récemment comme était un enfant à haut potentiel.


Au début de notre relation, je ne connaissais rien à l’islam, je respectais ce qu’il me disait par principe, par amour pour lui, sans chercher à savoir. Mais à force de me voir imposer de plus en plus d’exigences, je me suis intéressée aux textes en profondeur et je me suis vite rendu compte que tout ce qu’il me disait n’était pas dû à une jalousie maladive ou à une quelconque paranoïa – ses frustrations pathologiques étaient liées à l’islam et à son environnement! Tout est dans les textes… ce qui n’est pas dans le Coran se trouve dans ses «annexes» (Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, etc.). J’ai constaté aussi que je pouvais utiliser ces écrits prétendument sacrés pour le contredire, car dans l’islam il y a tout et son contraire. Mais lorsque je tentais d’invoquer les versets plus tolérants du début de la révélation, il me rappelait ceux de Médine, plus tardifs et qui abrogeaient les premiers. Je ne pouvais pas le duper…. lorsqu’il était plus jeune, il avait du succès auprès de la Oumma, il faisait des récitations coraniques à la mosquée. Mais il a grandi, il a dévié dans son comportement, sans pouvoir l’assumer: «Faites ce que je dis, pas ce que je fais…»

Je sentais bien que cette relation était toxique, mais je n’avais plus que lui et il savait que je souffrais de cette solitude. Je voyais peu ce qui restait de ma famille. Si j’appliquais les rites comme une musulmane, je n’étais pas convertie. Il insistait beaucoup pour que je saute le pas, mais je lui ai demandé de me laisser le temps de tout bien comprendre. Cependant, plus j’avançais dans cet apprentissage, plus j’appliquais les préceptes de la religion, moins j’avais envie de me convertir officiellement. Par exemple, je n’ignorais plus le sort de l’apostat. Une fois que tu as récité la chahada, il n’y a plus de retour en arrière possible. Enfin et surtout, cette petite voix au fond de moi me soufflait de ne surtout pas le faire. L’honnêteté intellectuelle était tout ce qu’il me restait, je ne pouvais pas me trahir à ce point.

Surtout, je ne comprenais pas pourquoi il en exigeait tant alors que nous avions vécu dans le péché dès notre rencontre. Nous avons eu nos enfants dans le péché également. Au départ, ça ne l’a pas dérangé. Certes moi non plus, mais je ne partageais pas les mêmes convictions. Sa famille n’est pas étrangère aux pressions qu’il exerçait sur moi, car elle lui rappelait sans cesse à quel point sa vie était haram. Je n’étais même pas chrétienne, donc issue de la communauté des «gens du Livre», raison pour laquelle il me faisait porter le poids  de la culpabilité de ses propres péchés. Je devais me convertir afin qu’il puisse faire un mariage halal. J’étais prête à me marier, mais je refusais la conversion.

J’ai fini par développer une foule de TOC, je suis devenue superstitieuse puis très dépressive, car j’étais déjà fragile émotionnellement et pessimiste (ou lucide?), ce qu’il n’ignorait pas. Et quand cette dépression a nécessité mon hospitalisation, ni le père ni sa famille n’ont accepté de recueillir mes «enfants du péché non circoncis». Oui, j’ai bloqué sur la circoncision, car si la religion avance que Dieu nous a créés à son image, alors pas question d’altérer sa création pour des raisons religieuses. Il me fallait des raisons médicales.

Le dégoût a été très progressif, mais il a débouché sur une véritable indigestion. La piété et l’honneur face à la Oumma (la «meilleure communauté»), étaient plus sacrés que tout, y compris la vie de deux petits garçons. J’ai alors réalisé que moi aussi j’avais fait passer mes propres enfants au second plan, et qu’ils étaient maintenant des pestiférés, comme moi. C’est cette série de chocs qui m’a enfin permis de me séparer définitivement de lui. Mais bon sang pourquoi ne l’ai-je pas fait bien avant!


Pour la petite histoire, j’ai appris plus tard qu’à l’époque où nous vivions encore ensemble, sa famille avait fait des pieds et des mains pour qu’il épouse une musulmane marocaine… sa cousine. Puis, il y a quatre ans, alors qu’il s’était totalement effacé de la vie de nos deux fils et que je ne ressentais plus aucune dépendance affective à son égard, il est réapparu. Visiblement lui ne m’avait pas oublié. Il était au courant de tout ce qui se passait sur mon compte Facebook. D’ailleurs, je n’ai pu créer un compte qu’après notre séparation définitive, parce qu’il refusait que j’utilise les réseaux sociaux – il était seul à disposer d’un ordinateur.

Mais revenons à ce fameux jour, quatre ans en arrière. Il est donc venu sonner à l’improviste dans mon ancien appartement, celui dans lequel il avait vécu avec moi. Je lui en voulais toujours beaucoup pour les enfants, mais je n’étais plus sous son emprise. Surprise, je lui ai tout de même ouvert la porte, il était complètement ivre! Selon ses confidences, dont je ne sais trop ce qu’elles valent, sa cousine lui faisait vivre exactement ce qu’il m’avait fait endurer. Elle serait très instruite, surdiplômée, mais il ne l’aimerait pas et il aurait compris toute la pression qu’il m’avait fait subir. D’autant plus que je n’étais pas musulmane de naissance. Mais pour moi, c’était bel et bien terminé. Il restait certes des cicatrices, mais les plaies étaient refermées.

Cela dit, je lui en veux toujours, surtout de n’avoir jamais assumé ses enfants. Il n’a jamais assumé non plus devant ses proches tout ce qu’il m’a fait subir. Tiens, j’en fais une liste ici, pour le bon ordre des choses: pressions religieuses constantes, humiliations avec crachats au visage pour rien, une épaule luxée pour la première fois après m’avoir frappée pour rien en me disant de rester à «ma place de femme». Bon, ce jour-là, je ne m’étais pas laissé faire et je lui avais rendu une baffe. C’est ce qui l’a poussé à aller plus loin et à me luxer l’épaule. Après ça, mon épaule se déboîtait pour un rien et j’ai dû la faire opérer deux fois. Non seulement il m’a fait endurer tout cela, mais il a osé nier ces faits, il a préféré me diaboliser injustement, en usant de mensonges.

Alors certes, si je lui ai ouvert ma porte il y a quatre ans, surprise par sa venue, je ne pouvais pas lui pardonner. Mais ça ne l’a pas empêché de divaguer en me proposant de partir avec lui. Je lui ai simplement rappelé qu’il devait retourner auprès de sa femme. Évidemment, sous l’effet de l’alcool, il a tenté de me pousser contre le mur pour m’embrasser mais j’ai pu le repousser et lui dire que de mon côté, j’étais maintenant amoureuse d’un autre et que même si ce n’était pas réciproque, un amour ressenti en efface un autre. Il n’a alors plus insisté et il est parti comme il était venu.

Aujourd’hui, avec le recul, je pense au fond que le rejet de mes chers enfants du péché par sa famille puis leur abandon par leur père ont été des chances pour eux. L’éducation qu’a reçu leur père lui a fait développer certaines défenses, mais c’est un être faible vivant uniquement pour et dans l’apparence. Sa famille et sa religion en ont fait un bon à rien. Il aurait été un bien médiocre modèle. En dépit de toutes mes difficultés, malgré plusieurs placements de mes enfants suite à mes hospitalisations, ils sont mieux lotis avec moi. Car je discute beaucoup avec eux et je ne les bride pas. S est très fort de caractère, impossible à manipuler, et il a une très grande capacité d’analyse. Il a maintenant presque 14 ans et il ne sort pas dans le quartier. Il est toujours très fusionnel et protecteur avec moi. Et surtout, l’avenir lui appartient.

Quant à H, qui a presque 12 ans, il a toujours été plutôt facile à vivre. C’est un bon élève, qui ne sort que pour ses entraînements de foot. Il est vraiment passionné et son entraîneur l’a repéré. Il m’a expliqué qu’il avait un «très gros potentiel»… le «talent ET l’attitude».

Concernant l’alimentation, j’ai cessé de les faire manger à la cantine de l’école car nous vivons dans un quartier à majorité arabo-musulmane et S m’a confié qu’il jouait le jeu sous la pression des petits copains. Il leur faisait même croire qu’il respectait le ramadan. J’ai alors préféré les retirer tous les deux afin qu’ils ne subissent pas cette pression. Mes enfants ne mangent donc pas halal. H a fait le choix de devenir végétarien pour «la protection des animaux». Quant au plus grand, il mange très volontiers de la viande, mais pas halal.


Finalement, je me dis aujourd’hui que certaines de ces souffrances étaient probablement nécessaires, même si ce n’est pas toujours facile d’éduquer seule deux garçons dans un quartier communautaire. Sans être parfaits, mes enfants ont de très belles valeurs morales et pour l’instant ils s’en sortent plutôt bien compte tenu de leur histoire. Dans notre petit foyer, même si nous faisons partie de la classe pauvre, il n’y a pas chez nous cette misère intellectuelle ou morale sous le vernis de la religion. Le lien affectif qui nous lie est réel, fort et solide, pas imposé par des conventions ou des dogmes. Mes enfants communiquent aisément et ils ont une bonne maîtrise des choses de la vie. Je leur souhaite surtout de toujours rester leur propre berger.

J’adresse mes remerciements au père de mes fils, à sa famille et à la meilleure communauté toute entière qui m’ont ouvert les yeux et m’ont poussée à m’intéresser aux textes. Ce fut un rude et long enseignement mais il aura été utile.

Que souhaiter de plus sinon que vous observiez le «miracle» sous vos yeux: le nombre croissant d’apostats n’est-il pas un signe? Non pas de la fin du monde, mais de celle de l’islam politisé d’Abou Bakr.

À mes chers S et H.

À mes sœurs et frères apostats nés musulmans, opprimés, et qui aujourd’hui me fascinent par leur courage et que les occidentaux fraîchement convertis ont trop souvent tendance à oublier.

Inès.

3 réponses sur “«L’islam est une maltraitance qu’on ne devrait jamais imposer à des enfants.»”

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